Je connais chaque virage de la montée depuis Bédoin par cœur. Le Chalet Reynard, le désert de pierres, la zone des vents au-delà des 1800m. Mais je m'arrête toujours au même endroit : km 21, là où la route fait un léger coude vers la gauche.
La stèle est simple, presque modeste pour un homme si grand. Un bas-relief de Tom Simpson en tenue de coureur, quelques inscriptions en anglais. Autour : des bidons, des chaussettes, des dossards, des photos. Les cyclistes du monde entier s'arrêtent là depuis 1967.
Simpson nous a appris quelque chose que les données de puissance n'enseignent pas : la montagne ne négocie pas. Elle ne fait pas de concession pour votre ambition, votre programme de course, vos sponsors. Elle vous prend exactement ce que vous avez — pas plus, pas moins.
Depuis ce jour-là, quand quelqu'un me demande si je souffre en montant le Ventoux, je réponds : "Oui. Et c'est bien comme ça." La souffrance maîtrisée, c'est le signe que vous êtes encore du bon côté de la limite.
Pour en savoir plus : la fiche complète du Mont Ventoux sur VelCols.