Je n'avais pas dormi. Pas à cause de l'anxiété — enfin, si, un peu — mais surtout à cause de l'excitation. Le Galibier, c'est l'une de ces ascensions dont on parle entre cyclistes comme on parle de la première fois où l'on a traversé une frontière.
Le premier kilomètre depuis Valloire est traître : pente douce, jambes qui tournent bien, on se sent léger. Je savais que c'était un piège et pourtant, j'accélère légèrement. Erreur classique.
C'est là que le Galibier montre son vrai visage. La pente franchit les 9% dans un couloir de vent. Il faisait 11°C en quittant Valloire, il fait maintenant 6°C. Je sors le coupe-vent — une décision que je n'aurais pas dû repousser à plus tard.
Les derniers 2 kilomètres avant le tunnel sont au-dessus des 2500m. Le moindre coup de pédale demande une concentration accrue. L'air manque légèrement. Ce n'est pas douloureux — c'est étrange, comme pédaler dans du coton.
Je ne m'attendais pas à pleurer. Et pourtant, en posant le pied au sommet à 2642 m, avec le panorama des Écrins d'un côté et le Mont Blanc de l'autre, les émotions ont pris le dessus. Trois ans de cyclisme, des dizaines de cols plus modestes — et maintenant ça.
Si vous ne l'avez pas encore fait, le Galibier vous attend.