En cinq ans, le nombre de femmes pratiquant le cyclisme de route et le gravel en France a augmenté de 47 %. Sur les routes des Alpes, des Pyrénées ou du Massif Central, elles sont de plus en plus nombreuses à attaquer les cols avec le sourire. Ce phénomène n'est pas un hasard : il reflète un véritable changement culturel dans le monde du vélo.
Selon la Fédération Française de Cyclisme, les licenciées représentent aujourd'hui près de 28 % des adhérents — contre 12 % en 2015. Sur les grandes cyclosportives comme la Marmotte ou la Haute Route, les inscriptions féminines ont triplé en dix ans. Ce n'est pas une tendance passagère : c'est une transformation profonde.
Les raisons sont multiples. D'abord, l'offre a évolué : les marques proposent désormais des vélos réellement conçus pour la morphologie féminine, avec des géométries adaptées, des selles spécifiques, des équipements en taille XS à L. Fini le temps où "féminin" voulait dire simplement "rose et plus léger".
Le gravel a particulièrement séduit les femmes qui venaient au vélo sans background compétitif. Moins d'ego, plus d'aventure — la philosophie du gravel correspond à une autre façon d'aborder le vélo : explorer plutôt que performer, partager plutôt que s'isoler.
Les événements comme Gravel Sisters, La Roue Tourne ou les sorties mixtes organisées par des clubs ont créé des espaces bienveillants où la progression se fait à son rythme, sans la pression des watts et des classements.
Le Col du Tourmalet, l'Alpe d'Huez, le Mont Ventoux — ces noms mythiques ne sont plus réservés aux hommes. Sur VelCols, les ascensions enregistrées par des femmes représentent aujourd'hui 1 entrée sur 3 dans le carnet de bord. Certaines cumulent plus de 50 cols dans leur carnet, avec des profils d'altitude qui feraient pâlir beaucoup de cyclistes masculins.
"La première fois que j'ai grimpé le Galibier, je me suis mise à pleurer au sommet. Pas de fatigue — de bonheur. Je n'avais jamais rien vécu d'aussi intense à vélo." — Marie, 34 ans, comptable à Lyon, 67 cols au compteur.
Il reste des progrès à faire. Dans certains pelotons, les remarques condescendantes persistent. Les groupes WhatsApp "entre mecs" excluent encore parfois par réflexe. Mais la dynamique est claire : le vélo devient enfin mixte, et les grimpeurs des deux sexes s'y retrouvent pour la même raison — l'amour des cols, la sensation d'effort et la récompense du sommet.
Des plateformes comme VelCols accompagnent ce mouvement en documentant les ascensions sans distinction de genre, en valorisant les récits de toutes et tous, et en créant une communauté où la performance personnelle compte plus que le classement général.